Quand les banques centrales achètent de l'or comme si c'était la fin du monde, que le Bitcoin joue les premiers de la classe, et que l'euro fait de la résistance — il est temps de faire le point.
Il y a des bulletins de marché qu'on écrit avec la sérénité d'un matin calme. Et puis il y a avril 2026. Les incertitudes géopolitiques n'ont pas disparu — elles ont juste changé de costume. Les taux réels restent élevés, l'énergie fait toujours des siennes, et les investisseurs cherchent des refuges comme on cherche un parapluie en plein orage : dans l'urgence, et pas toujours au bon endroit. Résultat : les rotations entre actifs risqués et actifs de protection sont rapides, parfois brutales. Prenez un café, on vous fait le tour du propriétaire.
Or, Bitcoin et devises : l'équilibre des forces, avril 2026 — illustration Coliseus
Devises · Change
EUR/USD : l'euro résiste, le dollar doute
Commençons par le marché des changes. L'EUR/USD évolue autour de 1,1720, dans ce qu'on pourrait appeler une zone de calme relatif — si tant est que le mot "calme" ait encore un sens en 2026.
1,1720
EUR/USD en zone d'équilibre fragile
L'euro fait de la résistance. Pas de la résistance héroïque, mais de la résistance technique : le différentiel de taux reste favorable au dollar, et le billet vert conserve son statut de devise refuge que personne n'ose vraiment remettre en question. Sauf que les fissures commencent à se voir. La parité reste particulièrement sensible à tout changement dans les anticipations de baisse des taux de la Fed, ainsi qu'aux chocs énergétiques pouvant affecter plus directement la zone euro.
Notre lecture : tant que la Fed ne bouge pas, le dollar tient. Le jour où elle pivote, les cartes seront redistribuées en quelques séances. On n'y est pas encore. Mais on s'en rapproche.
Crypto · Actifs alternatifs
Bitcoin : le vilain petit canard devenu cygne ?
Le Bitcoin continue d'évoluer comme un actif hybride entre technologie, liquidité mondiale et rareté monétaire. Stabilisé récemment autour de 72 961 USD, il bénéficie du retour progressif de flux institutionnels. Et c'est là que ça devient intéressant : de plus en plus de gestionnaires le lisent comme un actif alternatif aux monnaies fiduciaires. Plus comme une curiosité de salon.
Reuters soulignait déjà en janvier le lancement de véhicules ETF combinant or, métaux et Bitcoin dans une logique explicite de protection contre la dépréciation monétaire. On est passé de "le Bitcoin, c'est pour les anarchistes" à "le Bitcoin, c'est dans notre allocation défensive". Avouez que le chemin parcouru est vertigineux.
Faut-il se jeter dessus ? Pas forcément. Mais l'ignorer serait une erreur. C'est un actif qui a gagné ses galons — avec la volatilité qui va avec.
Point de vue
Les investisseurs ne cherchent plus la performance pure. Ils cherchent à dormir la nuit. Et ça change tout.
Le chiffre qui résume tout
4 746,50 $ l'once : c'est l'objectif médian 2026 d'un panel de 30 analystes et traders. L'or n'est pas mort. Il a juste repris son souffle.
Matière première · Métaux précieux
L'or : le patron n'a pas dit son dernier mot
Dans ce contexte, l'or conserve un rôle central. Et les grandes maisons de recherche sont plutôt d'accord là-dessus. Reuters rapporte qu'un panel de 30 analystes et traders a relevé son objectif médian 2026 à 4 746,50 USD l'once. Les moteurs ? Toujours les mêmes : achats continus des banques centrales, flux ETF, et la bonne vieille persistance des risques géopolitiques.
State Street Global Advisors va même plus loin : un scénario à 5 000 USD reste plausible si le cycle structurel haussier se poursuit. On n'en est pas loin.
BlackRock, de son côté, insiste sur un point souvent négligé : l'or comme stabilisateur de portefeuille. Particulièrement utile quand les corrélations entre actions et obligations remontent — ce qui est précisément le cas aujourd'hui — et que la confiance dans les dettes souveraines s'effrite. Ajoutez l'augmentation continue des déficits publics et la sensibilité des marchés à toute remise en cause de l'indépendance monétaire américaine, et vous comprenez pourquoi l'or reste le meilleur ami du gestionnaire prudent.
EUR / USD
1,1720
Zone d'équilibre
Bitcoin
72 961 $
Flux institutionnels
Or (once)
4 746 $
Objectif médian 2026
Scénario haut
5 000 $
State Street plausible
Matière première · Argent
L'argent : le frère turbulent de l'or
L'argent, c'est un peu le cousin qui débarque au repas de famille en moto : potentiel supérieur, mais volatilité à faire pâlir un trader de Chicago. Son double statut — métal monétaire et matière industrielle — en fait un actif plus cyclique que l'or. Plus nerveux. Plus imprévisible.
x2
Volatilité argent vs or historique
BlackRock rappelle que sa volatilité historique peut atteindre jusqu'au double de celle de l'or, tout en offrant une bêta plus élevée lors des phases d'accélération haussière des métaux précieux. Traduction : quand l'or monte, l'argent court. Mais quand ça baisse, il dégringole.
Notre avis ? Excellent actif d'opportunité, mais à manier avec des gants. C'est du tactique, pas du stratégique. La nuance est de taille pour un portefeuille patrimonial.
ETF · Flux de marché
La grande migration des ETF
Et pendant ce temps-là, quelque chose de profond est en train de changer dans le monde des ETF. Les flux ne se dirigent plus uniquement vers les grands indices actions traditionnels. Ils glissent — doucement mais sûrement — vers des expositions thématiques défensives : métaux précieux, inflation, monnaies alternatives, stratégies de diversification macro.
Ce n'est pas un accident. C'est le signe que les investisseurs cherchent moins la performance directionnelle pure que la résilience de portefeuille. Dans un monde de fragmentation géopolitique et monétaire, la question n'est plus "combien je gagne ?" mais "combien je perds si tout part en vrille ?". C'est une philosophie d'investissement très différente. Et elle est en train de devenir majoritaire.
Ce qu'on surveille
16 avr.
Minutes BCE — Toute indication sur le calendrier de baisse des taux en zone euro. Si Lagarde lâche un indice, les marchés bougeront vite.
17 avr.
Discours Fed (Powell) — Le grand oracle parle. Chaque mot sera pesé, soupesé, interprété. Comme d'habitude.
18 avr.
Flux ETF hebdo — Confirmer ou infirmer la rotation vers les actifs défensifs. C'est le thermomètre de la peur.
21 avr.
PMI Flash zone euro — Le pouls de l'activité économique européenne. Si ça tousse, l'euro tousse aussi.
L'or est la monnaie des rois, l'argent la monnaie des gentilshommes, le troc la monnaie des paysans, et la dette la monnaie des esclaves.
— Norm Franz
Le saviez-vous ?
Depuis 2022, les banques centrales mondiales achètent plus de 1 000 tonnes d'or par an — un rythme jamais vu depuis les années 1960. La Chine, la Pologne et l'Inde mènent la danse. Ce n'est pas un caprice de banquier central. C'est un mouvement de fond qui redessine l'architecture monétaire internationale. Et quand les banques centrales achètent, il est rarement judicieux de vendre.
Ce bulletin est publié à titre informatif uniquement et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d'achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Le marché reste un équilibriste sur un fil doré. Entre taux réels, géopolitique et quête de refuges, les cartes se redistribuent en continu. Notre conseil : gardez le cap, diversifiez, et surtout — restez curieux. La volatilité n'est pas votre ennemie. C'est votre signal d'alerte.
Bonne lecture et bonne semaine,
L'équipe Coliseus
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